Redonner de l’espace aux rivières

Choisir, concevoir et mettre en œuvre des Mesures Naturelles de Rétention d’Eau en Europe (MNRE) : l’hydromorphologie

Commission Européenne, février 2023

En Europe, 80 % des cours d’eau ont été modifiés par l’homme : canalisés, rectifiés, séparés de leurs plaines d’inondation… Ces aménagements, réalisés pour gagner des terres agricoles, faciliter la navigation ou accélérer le drainage, ont profondément perturbé les dynamiques naturelles des rivières. Résultat : accélération des crues, perte de biodiversité, dégradation de la qualité de l’eau, et disparition des zones humides.

Les Mesures Naturelles de Rétention d’Eau (NWRM) en hydromorphologie proposent de restaurer ces dynamiques en redonnant de l’espace aux cours d’eau. Que ce soit par le reméandrage (N4), la restauration des zones humides (N2), ou la suppression de barrages (N9), ces pratiques permettent de ralentir les écoulements, de stocker l’eau en période de crue, et de restaurer des écosystèmes aquatiques résilients. Elles répondent aux objectifs de la Directive-Cadre sur l’Eau, de la Directive Inondations, et de la Stratégie européenne pour la biodiversité.

Et si, plutôt que de dominer les rivières, nous apprenions à vivre avec elles ?

Cette fiche synthétise le thème « l’hydromorphologie » du document « Choisir, concevoir et mettre en œuvre des Mesures Naturelles de Rétention d’Eau en Europe (MNRE)". Voir les 3 autres fiches sur : Agriculture, Sylviculture, Urbain

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Les enjeux : Pourquoi restaurer les cours d’eau ?

Les aménagements humains ont profondément déséquilibré les écosystèmes aquatiques. L’accélération des crues en est l’une des conséquences les plus visibles : les rivières canalisées évacuent l’eau trop rapidement, aggravant les risques d’inondation en aval.

La perte de biodiversité est tout aussi préoccupante. La disparition des méandres, des zones humides et des plaines d’inondation a entraîné le déclin de nombreuses espèces, des poissons aux amphibiens en passant par les insectes aquatiques.

Autre problème majeur : la dégradation de la qualité de l’eau. En rectifiant les lits et en supprimant les zones tampons, nous avons réduit la capacité naturelle des rivières à filtrer les polluants, comme les nitrates, les phosphates ou les métaux lourds.

Enfin, la disparition des services écosystémiques pèse lourd. Les zones humides, autrefois omniprésentes, jouaient un rôle clé dans la régulation des flux d’eau, l’épuration naturelle et même la séquestration du carbone. Leur effacement a privé les écosystèmes d’un mécanisme de régulation essentiel.

Les solutions NWRM pour restaurer les milieux aquatiques

Restaurer les capacités de stockage naturel

Les zones humides (N21) agissent comme de véritables éponges naturelles : elles stockent l’eau lors des crues et la restituent progressivement en période sèche. Leur restauration permet non seulement de réduire les pics de crue – jusqu’à 47 % dans certains cas, comme en Finlande – mais aussi d’améliorer la qualité de l’eau en filtrant les polluants. À titre d’exemple, la restauration des zones humides d’Amalvas et Zuvintas (Lituanie) a permis de diminuer significativement les risques d’inondation tout en recréant des habitats pour des espèces menacées.

De même, les plaines d’inondation (N3), ces zones naturellement submersibles en bordure de rivières, jouent un rôle comparable. Leur reconnexion avec le cours d’eau permet de stocker de grandes quantités d’eau et de ralentir les écoulements. En Croatie, la restauration de la plaine d’inondation du parc naturel de Lonjsko Polje a ainsi permis une réduction des débits de pointe de 38 %.

Redonner une dynamique naturelle aux cours d’eau

Le reméandrage (N4), qui consiste à recréer des méandres ou à reconnecter des méandres existants, permet d’allonger le cours d’eau et de ralentir son débit. Cette mesure améliore également la diversité des habitats – zones calmes, rapides, etc. – et favorise ainsi la biodiversité. La restauration de la rivière Hermance (France) en est une illustration parfaite : elle a permis de recréer un écosystème fluvial dynamique, avec des bénéfices tangibles pour les poissons, les oiseaux et la qualité de l’eau.

Parallèlement, la renaturalisation du lit du cours d’eau (N8) et la restauration des cours d’eau saisonniers (N6) visent à retrouver une morphologie naturelle. Cela passe par la suppression des barrages (N9) ou des protections riveraines artificielles (N11), des actions qui réduisent l’érosion, améliorent la continuité écologique et facilitent la migration des espèces aquatiques.

Gérer les sédiments et améliorer la qualité de l’eau

Les réservoirs d’eau et étangs (N1) jouent un rôle clé dans le stockage des eaux de ruissellement et favorisent leur infiltration. Dans le bassin de Belford (Royaume-Uni), ces mesures ont contribué à des réductions des débits de pointe de 15 à 30 %.

Les bassins de sédimentation (F9, applicable en hydromorphologie) et les zones d’écoulement de surface (F14) permettent, quant à eux, de piéger les sédiments et de réduire la pollution liée aux particules. Ces solutions sont particulièrement efficaces dans les zones agricoles ou forestières situées en amont des cours d’eau.

Mise en œuvre :

Défis et opportunités

Les mesures NWRM en hydromorphologie s’appliquent à plusieurs échelles. À l’échelle locale, on privilégiera le reméandrage (N4) ou la suppression de barrages (N9). À l’échelle paysagère, la restauration des zones humides (N2) et la reconnexion des plaines d’inondation (N3) sont essentielles. Enfin, à l’échelle du bassin versant, une coordination entre acteurs permet une gestion intégrée et cohérente.

Coûts et financements

La restauration des zones humides (N2) peut nécessiter des investissements importants, notamment pour l’acquisition de terres ou les travaux d’aménagement. Cependant, les bénéfices – réduction des risques d’inondation, amélioration de la biodiversité – sont durables et souvent supérieurs aux coûts engagés. Par exemple, le reméandrage (N4) coûte environ 0,4 million d’euros par km de rivière, mais les économies réalisées grâce à la diminution des dégâts liés aux inondations justifient largement cet investissement.

Freins et leviers

Côté freins, on retrouve la complexité foncière (multiplicité des propriétaires), la résistance des acteurs locaux (crainte des changements) et des coûts initiaux élevés.

À l’inverse, les leviers sont nombreux : subventions européennes (LIFE, FEDER), sensibilisation (retours d’expérience) et valorisation des services écosystémiques (paiements pour la rétention d’eau).

Bénéfices multiples : Au-delà de la gestion de l’eau

Les mesures NWRM en hydromorphologie génèrent des effets positifs en cascade.

Sur le plan climatique, les zones humides (N2) stockent d’énormes quantités de carbone – jusqu’à 40 % des réserves terrestres.

Pour la biodiversité, le reméandrage (N4) et la restauration des plaines d’inondation (N3) recréent des habitats variés, essentiels pour les espèces aquatiques et riveraines.

Économiquement, la réduction des risques d’inondation engendre des économies substantielles pour les collectivités et les assurances.

Enfin, sur le plan social, les cours d’eau restaurés offrent des espaces récréatifs (pêche, randonnée) et améliorent significativement le cadre de vie.

Conclusion : Vers une gestion intégrée des cours d’eau

Les Mesures Naturelles de Rétention d’Eau en hydromorphologie démontrent que la restauration des cours d’eau est un investissement pour l’avenir. En redonnant de l’espace aux rivières, ces pratiques offrent des solutions durables et multifonctionnelles :

Pour généraliser leur adoption, il est essentiel de :


Et si la rivière de demain était celle qui, plutôt que d’être domptée, serait enfin libre de jouer son rôle naturel ?

1 : voir le sommaire sur le thème Hydromorphologie : N1 - Réservoirs d’eau et étangs - N2 - Restauration et gestion des zones humides - N3 - Restauration et gestion de plaines d’inondation - N4 - Reméandrage - N5 - Renaturalisation du lit du cours d’eau - N6 - Restauration et reconnexion de cours d’eau saisonniers - N7 - Reconnexion de lacs de bras morts et entités similaires - N8 - Renaturation du lit de cours d’eau - N9 - Suppression de barrages et autres barrières longitudinales - N10 - Stabilisation naturelle des berges - N11 - Suppression de la protection riveraine - N12 - Restauration des lacs - N13 - Restauration de l’infiltration naturelle vers les eaux souterraines - N14 - Renaturalisation de zones de polders

Références

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