Les villes face au défi de l’eau
Choisir, concevoir et mettre en œuvre des Mesures Naturelles de Rétention d’Eau en Europe (MNRE) : l’urbain
Commission Européenne, février 2023
Les zones urbaines, où le béton et le goudron dominent, sont particulièrement vulnérables aux inondations soudaines et aux îlots de chaleur. Pourtant, des solutions existent pour transformer les villes en éponges urbaines : toits verts, bassins de rétention, ou encore arbres en milieu urbain. Ces Mesures Naturelles de Rétention d’Eau (NWRM) permettent de réduire le ruissellement de 15 à 30 %, de recharger les nappes, et d’améliorer le cadre de vie.
En intégrant ces pratiques dans les projets d’aménagement, les villes peuvent concilier développement urbain et gestion durable de l’eau, tout en renforçant leur résilience face au changement climatique. Ces mesures s’inscrivent dans les objectifs de la Directive-Cadre sur l’Eau, de la Directive Inondations, et des stratégies locales d’adaptation.
Et si la ville de demain était celle qui, plutôt que de lutter contre l’eau, apprenait à l’accueillir ?
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Les enjeux : Pourquoi agir sur l’eau en milieu urbain ?
Les surfaces imperméabilisées (routes, parkings, bâtiments) empêchent l’infiltration de l’eau et accélèrent le ruissellement, aggravant les risques d’inondation. En Europe, 75 % des sols urbains sont imperméables, ce qui pose un défi majeur pour la gestion des eaux pluviales.
Par ailleurs, les îlots de chaleur urbains (jusqu’à 10 °C de plus que les zones rurales) et la pollution atmosphérique (particules fines, NOx) dégradent la qualité de vie des citadins. Enfin, la biodiversité urbaine est souvent réduite à sa plus simple expression, faute d’habitats adaptés.
Les solutions NWRM pour des villes plus résilientes
Désimperméabiliser les sols
Les toits verts (U1)1 transforment les toitures en réservoirs d’eau et en espaces végétalisés. Ils réduisent le ruissellement de 50 à 80 % et améliorent l’isolation thermique des bâtiments, réduisant ainsi les besoins en climatisation. Leur coût varie de 100 à 200 €/m², mais les économies d’énergie et la prolongation de la durée de vie des toitures (jusqu’à 50 ans) compensent largement l’investissement.
Les surfaces perméables (U3), comme les revêtements poreux ou les dalles alvéolées, permettent à l’eau de s’infiltrer directement dans le sol, réduisant ainsi le ruissellement. Elles sont particulièrement adaptées aux parkings, trottoirs et cours d’école.
Gérer les eaux pluviales à la source
La récupération des eaux de pluie (U2) permet de stocker et réutiliser l’eau pour l’arrosage, les toilettes ou le nettoyage. Cette mesure réduit la pression sur les réseaux d’assainissement et limite les rejets polluants dans les milieux naturels.
Les jardins pluviaux (U9) sont des dépressions végétalisées qui stockent temporairement les eaux de pluie avant de les laisser s’infiltrer. À Copenhague, ces jardins ont permis de réduire de 30 % le volume d’eau envoyé vers les stations d’épuration, tout en créant des espaces verts appréciés des habitants.
Les baissières (U4), canaux et rigoles (U5), et bandes filtrantes (U6) guident l’eau de pluie vers des zones d’infiltration, comme les puits d’infiltration (U7) ou les tranchées d’infiltration (U8). Ces mesures, souvent combinées, permettent de recréer un cycle de l’eau naturel en milieu urbain.
Intégrer la nature en ville
Les parcs forestiers urbains (F11) et les arbres en milieux urbains (U12) jouent un rôle clé dans la gestion des eaux pluviales. Leurs sols, plus perméables que les surfaces artificialisées, favorisent l’infiltration et la recharge des nappes. Ils réduisent aussi l’effet d’îlot de chaleur et améliorent la qualité de l’air en interceptant les particules polluantes. La zone humide boisée de Kylmaojankorpi (Finlande) montre comment les forêts urbaines peuvent stocker de grandes quantités d’eau tout en offrant des espaces récréatifs et en améliorant la biodiversité.
Les bassins de rétention (U10) et les cuvettes de rétention (U11) stockent temporairement les eaux de pluie lors des évènements pluvieux intenses, réduisant ainsi les risques d’inondation et permettant une infiltration progressive. À Belford (Royaume-Uni), ces mesures ont contribué à une réduction des débits de pointe de 15 à 30 %.
Mise en œuvre : Défis et opportunités
Les mesures NWRM en milieu urbain s’appliquent à plusieurs échelles :
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Bâtiment : Toits verts (U1), récupération des eaux de pluie (U2).
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Quartier : Surfaces perméables (U3), jardins pluviaux (U9).
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Ville : Parcs forestiers urbains (F11), bassins de rétention (U10).
Coûts et financements :
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Les toits verts (U1) ont un coût initial élevé (100 à 200 €/m²), mais les économies d’énergie et les subventions (ex : aides locales) rendent ces investissements rentables à long terme.
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Les jardins pluviaux (U9) et les surfaces perméables (U3) ont des coûts plus modestes (20 à 50 €/m²), avec des bénéfices immédiats en termes de gestion des eaux pluviales.
Freins et leviers :
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Freins : Complexité règlementaire, manque d’espace, résistance des promoteurs immobiliers.
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Leviers : Subventions (ADEME, collectivités), sensibilisation (exemples concrets), intégration dans les documents d’urbanisme (PLU, SCOT).
Bénéfices multiples : Au-delà de la gestion de l’eau
Les mesures NWRM en milieu urbain génèrent des effets positifs en cascade :
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Climat : Les arbres urbains (U12) et les toits verts (U1) réduisent l’effet d’îlot de chaleur et séquestrent du CO₂.
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Biodiversité : Les parcs forestiers urbains (F11) et les jardins pluviaux (U9) offrent des habitats pour de nombreuses espèces (oiseaux, insectes pollinisateurs).
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Économie : La réduction des risques d’inondation et la valorisation des espaces verts génèrent des économies pour les collectivités.
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Social : Les espaces verts urbains améliorent la qualité de vie et offrent des lieux de détente et de sociabilité.
Conclusion : Vers des villes éponges
Les Mesures Naturelles de Rétention d’Eau en milieu urbain montrent que l’aménagement urbain et la gestion de l’eau peuvent aller de pair. En désimperméabilisant les sols et en intégrant la nature en ville, ces pratiques offrent des solutions durables et multifonctionnelles pour :
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Réduire les risques d’inondation en stockant et infiltrant l’eau.
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Améliorer la qualité de l’air et lutter contre les îlots de chaleur.
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Restaurer la biodiversité urbaine.
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Renforcer la résilience climatique des villes.
Pour généraliser leur adoption, il est essentiel de :
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Sensibiliser les élus, les urbanistes et les citoyens.
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Simplifier l’accès aux financements (subventions, partenariats public-privé).
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Intégrer ces mesures dans les documents d’urbanisme (PLU, SCOT, ZFE).
Et si la ville de demain était celle qui, plutôt que de craindre l’eau, l’accueillait comme une ressource ?
1 : voir le sommaire sur le thème Urbain : U1 - Toits verts - U2 - Récupération des eaux de pluie - U3 - Surfaces perméables - U4 - Baissières - U5 - Canaux et rigoles - U6 - Bandes filtrantes - U7 - Puits d’infiltration - U8 - Tranchées d’infiltration - U9 - Jardins pluviaux - U10 - Bassins de rétention - U11 - Cuvettes de rétention - U12 - Bassins d’infiltration
Références
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Document de la Commission Européenne : Choisir, concevoir et mettre en œuvre des Mesures Naturelles de Rétention d’Eau en Europe (MNRE),
à retrouver sur le site : www.sgle.fr/wp-content/uploads/2024/02/Mesures-naturelles-de-retention-deau-en-Europe_compressed.pdf
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Site web : Syndicat Grand Lieu Estuaire
En savoir plus
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Projet NWRM : nwrm.eu/measures-catalogue
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ADEME (France) : www.ademe.fr/
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Réseau des villes durables : www.citiescanb.org/