Les forêts, éponges naturelles du paysage

Choisir, concevoir et mettre en œuvre des Mesures Naturelles de Rétention d’Eau en Europe (MNRE) : la sylviculture

Commission Européenne, février 2023

Les forêts, qui couvrent 40 % du territoire européen, jouent un rôle majeur dans la régulation du cycle de l’eau. Grâce à leur capacité d’infiltration élevée, leur couvert végétal dense et leurs sols riches en matière organique, elles agissent comme de véritables éponges naturelles, capables de stocker, filtrer et restituer l’eau progressivement. Pourtant, la déforestation, les coupes à blanc et les pratiques de gestion non durables ont souvent affaibli ces fonctions hydrologiques.

Les Mesures Naturelles de Rétention d’Eau (NWRM) en sylviculture proposent de restaurer et optimiser ces capacités. Que ce soit par la création de zones tampons riveraines boisées, la maintenance de la couverture forestière en amont des cours d’eau, ou encore le boisement ciblé, ces pratiques permettent de réduire les risques d’inondation, d’améliorer la qualité de l’eau et de renforcer la biodiversité. Elles s’inscrivent dans les objectifs de la Directive-Cadre sur l’Eau, de la Directive Inondations, et de la Stratégie européenne pour la biodiversité.

Et si la forêt de demain était celle qui, plutôt que de produire du bois, produisait aussi de l’eau ?

Cette fiche synthétise le thème « la Sylviculture » du document « Choisir, concevoir et mettre en œuvre des Mesures Naturelles de Rétention d’Eau en Europe (MNRE)". Voir les 3 autres fiches sur : Agriculture, Hydromorphologie, Urbain

Les enjeux : Pourquoi la sylviculture doit intégrer la gestion de l’eau ?

Les forêts mal gérées peuvent aggraver les problèmes hydriques : compaction des sols due aux machines forestières, réduction de l’infiltration après les coupes à blanc, ou encore érosion accrue sur les pentes déboisées. À l’inverse, une gestion durable permet de :

En Europe, les zones amont des cours d’eau (F2)1 sont particulièrement stratégiques : leur boisement peut réduire les pics de crue et améliorer la qualité de l’eau en aval. Pourtant, ces zones sont souvent sous-exploitées ou converties en terres agricoles, ce qui aggrave les risques hydriques.

Les solutions NWRM pour une sylviculture résiliente

Protéger les cours d’eau et les zones sensibles

Les zones tampons riveraines boisées (F1) sont l’une des mesures les plus efficaces pour protéger les cours d’eau. Ces bandes forestières, situées en bordure de rivières ou de lacs, agissent comme des filtres naturels : elles piègent les sédiments, réduisent la lixiviation des nitrates (jusqu’à 90 % après une coupe à blanc), et fournissent des habitats pour la faune aquatique. Leur largeur idéale varie de 2 à 20 mètres, et leur efficacité est proportionnelle à leur taille.

Étude de cas : À Pickering (Royaume-Uni), la création de zones tampons boisées a permis de ralentir le débit des cours d’eau et de réduire les risques d’inondation en aval, tout en restaurant des écosystèmes riverains.

La maintenance de la couverture forestière dans les zones amont des cours d’eau (F2) est une autre mesure clé. Les forêts de tête de bassin versant, grâce à leur fort taux d’évapotranspiration et leur sol très perméable, réduisent le volume d’eau contribuant au ruissellement. Elles jouent aussi un rôle majeur dans la stabilisation des pentes et la prévention des glissements de terrain, comme observé dans les Alpes ou les Pyrénées.

Adapter la gestion forestière pour préserver l’eau

Le couvert forestier permanent (F6) évite les coupes à blanc et maintient une continuité du couvert végétal, limitant ainsi l’érosion et la production de sédiments. Cette pratique améliore aussi la séquestration du carbone et la biodiversité, tout en réduisant les pics de crue grâce à une meilleure infiltration.

La conduite « sensible à l’eau » (F7) vise à minimiser l’impact des machines forestières sur les sols humides. En évitant les passages sur sols gorgés d’eau ou gelés, elle réduit l’orniérage et la compaction, préservant ainsi la structure du sol et sa capacité d’infiltration. Cette mesure est particulièrement importante dans les zones de tourbières ou de sols fragiles.

Étude de cas : Dans le parc national d’Orség (Hongrie), la mise en œuvre d’une conduite sensible à l’eau a permis de limiter la mobilisation de mercure dans les sols, protégeant ainsi les écosystèmes aquatiques.

Restaurer les fonctions hydrologiques des forêts

Les bassins de sédimentation (F9), placés dans les réseaux de fossés forestiers, ralentissent l’eau et favorisent le dépôt des sédiments. Ils sont particulièrement utiles pour gérer les impacts des travaux forestiers (construction de routes, coupes) et réduire la pollution diffuse liée aux particules.

Les ouvrages de contrôle du débit de pointe (F13), conçus pour limiter le débit dans les fossés forestiers, réduisent les pics de crue et contrôlent le transfert des sédiments. Ils sont souvent combinés avec d’autres mesures comme les zones d’écoulement de surface (F14), qui collectent les excès de sédiments produits lors de l’entretien des fossés.

Étude de cas : Dans le bassin de Belford (Royaume-Uni), l’installation de bassins de sédimentation et d’ouvrages de contrôle a permis de réduire significativement la charge en sédiments dans les cours d’eau en aval.

Intégrer les forêts dans les zones urbaines et périurbaines

Les parcs forestiers urbains (F11) et les arbres en milieux urbains (F12) jouent un rôle croissant dans la gestion des eaux pluviales. Leurs sols, plus perméables que les surfaces artificialisées, favorisent l’infiltration et la recharge des nappes. Ils réduisent aussi l’effet d’îlot de chaleur et améliorent la qualité de l’air en interceptant les particules polluantes.

Étude de cas : La zone humide boisée de Kylmaojankorpi (Finlande) montre comment les forêts urbaines peuvent stocker de grandes quantités d’eau tout en offrant des espaces récréatifs et en améliorant la biodiversité.

Mise en œuvre : Défis et opportunités

Les mesures NWRM en sylviculture s’appliquent à plusieurs échelles :

Coûts et financements :

Freins et leviers :

Bénéfices multiples : Au-delà de la gestion de l’eau

Les mesures NWRM en sylviculture génèrent des effets positifs en cascade :

Conclusion : Vers une sylviculture réconciliée avec l’eau

Les Mesures Naturelles de Rétention d’Eau en sylviculture montrent que la gestion forestière et la gestion de l’eau peuvent aller de pair. En s’inspirant des écosystèmes naturels, ces pratiques offrent des solutions durables et multifonctionnelles pour :

Pour généraliser leur adoption, il est essentiel de :


Et si la forêt de demain était celle qui, en plus de produire du bois, produisait aussi de l’eau, de la biodiversité et du climat ?

1 : voir le sommaire sur le thème Sylviculture : F1 - Zones tampons riveraines boisées - F2 - Maintenance de la couverture forestière dans les zones amont des cours d’eau - F3 - Boisement de bassins d’alimentation de réservoirs - F4 - Plantation ciblée pour « capter » les précipitations - F4 - Plantation ciblée pour « capter » les précipitations - F5 - Conversion de l’utilisation des terres - F6 - Couvert forestier permanent - F7 - Conduite « sensible à l’eau » - F8 - Conception appropriée des routes et traversées de cours d’eau - F9 - Bassins de sédimentation - F10 - Gros débris ligneux - F11 - Parcs forestiers urbains - F12 - Arbres en milieux urbains - F13 - Ouvrages de contrôle du débit de pointe dans les forêts gérées - F14 - Zones d’écoulement de surface dans les forêts de tourbières

Références

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