Expériences de territoires en transition : le Parc des Grands Causses

Un modèle de cohérence et d’efficacité

mai 2021

Territoires à Energie Positive (TEPOS)

Situé dans le sud-Aveyron, le Parc des Grands Causses (70 000 habitants, 93 communes) incarne une transition énergétique ambitieuse et intégrée depuis 2007. Porté par une volonté politique forte, ce territoire rural a transformé l’énergie en un levier de développement local, combinant attractivité économique, valorisation des ressources et mobilisation citoyenne.

Avec un objectif initial de 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2030, le Parc a dépassé ses attentes et vise désormais à contribuer aux objectifs régionaux et nationaux. Son approche repose sur une stratégie transversale, où l’énergie s’articule avec l’aménagement du territoire (SCoT), la planification climatique (PCAET) et des outils concrets pour les acteurs locaux. La mutualisation et la coordination entre intercommunalités y jouent un rôle clé, faisant de ce territoire un modèle de cohérence et d’efficacité.

À télécharger : porter-un-projet-de-territoire-en-transition-2021_fr.pdf (4,3 Mio)

Une approche transversale qui se renforce depuis 15 ans

Créé en 1995 dans le sud-Aveyron, le Parc des Grands Causses compte 70 000 habitants dans 93 communes, avec une densité moyenne de moins de 20 habitants par km². En 2007, au moment de renégocier sa charte, le Parc s’engage dans une démarche d’Agenda 21 avec une focale sur la transition énergétique et le développement équilibré des énergies renouvelables. Alors que les sujets énergétiques occupent le devant de la scène en 2008 avec le Grenelle de l’environnement, le Parc décide de se montrer plus ambitieux : il se lance dans un plan climat-énergie territorial volontaire, avec l’intention de transformer localement la culture dominante, basée sur l’idée que « l’énergie est l’affaire de l’État ». Après avoir structuré sa dynamique progressivement, le Parc des Grands Causses profite dès 2015 d’un ensemble d’opportunités financières (appel à projets TEPCV de l’État, contrat d’objectif territorial signé avec l’ADEME, fonds européens et régionaux…) qui lui permettent de renforcer ses moyens humains, ses actions concrètes et son lien avec les collectivités locales.

Un territoire solidaire et contributeur des objectifs régionaux et nationaux

Dans un premier temps, le Parc s’est donné pour objectif ambitieux d’atteindre l’équilibre énergétique avec 100 % d’énergies renouvelables, d’ici 2030. Les résultats observés sur ces dernières années montrent que le territoire est sur la bonne trajectoire pour y parvenir et qu’il va même plus vite que prévu. C’est pourquoi le nouveau plan climat-air-énergie territorial (PCAET) validé en 2019 a renforcé l’ambition : le Parc des Grands Causses vise désormais à devenir un territoire solidaire et contributeur des objectifs régionaux (« région Occitanie à énergie positive ») et nationaux.

L’énergie, une politique locale structurante

Le Parc aborde l’énergie comme une politique locale structurante, au même titre que l’économie, l’aménagement, etc. Il mobilise pour cela tous les moyens à sa disposition (stratégie, planification, contrats…), et ne se limite pas à traiter des enjeux spécifiques et isolés et agir ponctuellement. En donnant ainsi un sens global à la question énergétique, de multiples moteurs de l’action politique s’activent à la fois : le développement économique, l’emploi local, la valorisation des ressources locales, l’attractivité pour de nouveaux habitants, l’appropriation et la mobilisation habitante, etc. Dès lors qu’il pose le sujet comme une priorité politique, le Parc reconnaît la nécessité de mettre des moyens en face. La structure Parc, naturellement porteuse d’ingénierie territoriale, est facilitative à cet égard.

Une stratégie énergétique adossée à celle de l’aménagement

Le Parc s’appuie sur son schéma de cohérence territorial (SCoT) pour consolider sa stratégie en matière d’aménagement et de développement durable, et crédibiliser et appuyer ses objectifs ambitieux de transition énergétique. La prise de compétence SCoT par le Parc lui permet d’assurer le portage du PCAET à la place des communautés de communes qui lui ont transféré (très naturellement) cette compétence. Fruit d’un important travail de concertation et de conviction, le SCoT a été voté à l’unanimité, ce qui témoigne du lien de confiance que le Parc a su établir avec les collectivités et acteurs territoriaux et du bon niveau d’appropriation générale des questions énergétiques. Les objectifs inscrits dans le document d’orientation et d’objectifs du SCoT, notamment énergétiques, sont déclinés progressivement dans les documents d’urbanisme des communes et intercommunalités, multipliant l’impact de la stratégie. Le PCAET, approuvé à l’unanimité fin 2019, est lui aussi décliné au niveau intercommunal, afin de mettre en cohérence les nombreux travaux déjà réalisés à cette échelle.

Un levier pour encadrer les conditions de réalisation des projets

Les élus ont souhaité encadrer les pratiques (parfois contestables) de développement des grands projets d’énergies renouvelables en reprenant la main, en donnant du sens et en faisant de la pédagogie ; ainsi, ils sont passés d’une posture régulatrice « défensive » à une posture proactive d’accompagnement de la transition énergétique. Le SCoT définit les conditions de mise en œuvre de la transition énergétique acceptables par les élus (et plus largement le territoire), dans une perspective de développement local. Le SCoT comprend un schéma des zones favorables au développement de l’éolien et de centrales photovoltaïques, intégrant les enjeux liés aux réseaux électriques. Il favorise et encadre le développement des filières bois-énergie et méthanisation. Il propose la généralisation de l’ouverture au capital des sociétés d’exploitation de parcs éoliens et autres énergies renouvelables électriques (plus de 250 kW) aux collectivités locales à hauteur de 35 % et aux démarches citoyennes. Sans être juridiquement contraignante, cette disposition s’impose politiquement et invite les développeurs à se positionner en promoteurs de projets d’intérêt territorial.

Un pilotage mutualisé du projet de territoire

Inscrite au cœur d’un projet de territoire qui donne un cap clair (la charte du Parc), la transition énergétique fait l’objet d’un pilotage mutualisé qui permet une gestion et un suivi efficaces. La gouvernance du Parc associe de nombreux acteurs, à commencer par les intercommunalités. Les orientations stratégiques font l’objet d’une large concertation et les partenaires territoriaux sont réunis annuellement pour faire le bilan. La mise en œuvre de la charte (objectifs, actions, budgets, bilans) est suivie et évaluée via un outil unique. Cela concerne notamment le SCoT et le PCAET. Quand l’État lui a proposé de signer un contrat de transition écologique, le Parc s’est engagé rapidement et efficacement. Il a identifié quelques actions clés, pas tout à fait financées, inscrites dans sa stratégie énergétique et a réuni les acteurs concernés pour donner l’impulsion. Le projet de filière Roquefort à énergie positive en fait partie.

Le Parc a opéré en interne le passage du discours aux solutions, vers lesquelles les élus locaux souhaitent aller rapidement : il donne la priorité aux projets qui répondent aux besoins du territoire et à la mise en place d’outils concrets et opérationnels. La mutualisation est au cœur des propositions du Parc : actions de sensibilisation et d’animation, accompagnement technique et administratif (interne ou externe) auprès des différents publics, mise à disposition d’études et outils territoriaux utilisables localement, commandes groupées d’études et de travaux, création d’opérateurs territoriaux… La majorité des intercommunalités et de très nombreuses communes, qui ne disposent pas d’une ingénierie comme celle du Parc, s’appuient sur ses propositions, qu’elles savent vecteurs d’efficacité et conformes aux intérêts du territoire - d’autant plus simplement que le Parc est très attentif au respect de leurs compétences.

Les + de l’expérience

Chronologie des étapes clés :

  • En 2000, premiers projets éoliens privés.

  • En 2007, révision de la charte (reconnue Agenda 21 en 2010) et engagement politique pour une démarche énergie-climat. Une convention territoriale (contrat de projet État-région) est signée pour 3 ans, financée par la Région.

  • En 2007-2013, programme Leader « Les Grands Causses face aux défis du changement climatique » (financement européen sur 6 ans).

  • En 2009, lancement du PCET (Plan Climat-Énergie Territorial) avec un chargé de mission énergie-climat recruté. Actions : sensibilisation du grand public, maîtrise de l’énergie sur le patrimoine public.

  • En 2012, le Parc prend la compétence ScoT.

  • En 2014-2020, nouveau programme Leader (6 ans) avec une animatrice dédiée, axé sur la mobilité.

  • En 2015, TEPCV (État) : rénovation énergétique de logements collectifs, projets de micro-hydroélectricité, actions de mobilité durable. Un contrat territorial unique (Région, 3 ans) finance des actions stratégiques.

  • En 2016, contrat d’objectif EnR (ADEME, 3 ans) : création de la SEM Causses Energia, avec un chargé d’affaires bois-énergie et un chargé de mission mobilité.

  • En 2017, contrat de ruralité (État : DSIL, DETR, FNADT) pour des actions territoriales. Décision de porter le PCAET via le SCoT. En 2018, France Mobilités (ADEME) et Leader (Europe) : actions de mobilité durable avec un chargé de mission mobilité (renouvellement). Un contrat territorial unique (Région, 3 ans) est signé.

  • En 2018, mise en place d’un service mutualisé de conseil en énergie partagé (ADEME, 3 ans) avec un technicien conseiller en énergie. Actions : rénovation énergétique des bâtiments publics, extinction partielle de l’éclairage public, développement de grappes de projets photovoltaïques.

  • En 2019, PCAET : construction et animation de la stratégie via Destination TEPOS (réalisé en interne). Plan alimentaire territorial (Ministère de l’Agriculture) pour structurer la filière agricole locale.

  • En 2020, contrat de transition écologique : filière Roquefort à énergie positive, plateforme de rénovation énergétique.

  • En 2021, guichet Rénov/Occitanie (Région) : 2 conseillers énergétiques pour accompagner la rénovation des logements privés. Tourisme durable (ADEME) : accompagnement des entreprises touristiques.

Références

Document Tepos : Porter un projet de territoire en transition ; extrait pages 32-35

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