Partizánske, ou comment une ville slovaque réinvente la gestion des biodéchets

Branislav Moňok, Lenka Beznáková, octobre 2024

Zero Waste Europe

En Slovaquie, où la gestion des biodéchets reste un défi majeur pour de nombreuses municipalités, Partizánske a su se distinguer par une approche innovante et sur mesure.

Avec 20 000 habitants et une volonté politique forte, cette ville a mis en place un système dual : compostage domestique pour les maisons individuelles et collecte porte-à-porte des biodéchets pour les immeubles collectifs. Les résultats sont impressionnants : 95 % des foyers en maisons individuelles compostent, réduisant leurs déchets résiduels de 118 kg par habitant, tandis que la collecte des biodéchets en immeuble affiche un très faible taux de contamination (proportion de déchets non organiques) de seulement 0,07 %.

Mais ce qui rend Partizánske unique, c’est qu’elle a su allier performance environnementale et viabilité économique, prouvant que le zéro déchet peut être à la fois vertueux et rentable.

À télécharger : the-story-of-partizanske_en_.pdf (6,7 Mio)

Un contexte slovaque peu reluisant

En Slovaquie, la gestion des déchets est marquée par des défis structurels : décharges saturées, manque d’infrastructures de tri, et une faible sensibilisation des citoyens. Dans ce pays où le taux moyen de collecte séparée peine à dépasser 41 %, les biodéchets — pourtant 30 à 40 % du contenu des poubelles résiduelles — finissent trop souvent incinérés ou enfouis, libérant du méthane, un gaz 28 fois plus puissant que le CO₂.

C’est dans ce contexte que Partizánske, ville de 20 000 âmes située dans la région de Trenčín, a décidé de prendre les choses en main. Avec une production moyenne de 408 kg de déchets par habitant et par an (légèrement inférieure à la moyenne nationale de 478 kg), la municipalité a compris que la clé résidait dans une gestion différenciée : compostage domestique pour les maisons individuelles, et collecte porte-à-porte pour les immeubles.

Un système dual : deux approches pour un même objectif

Partizánske a innové en adaptant sa stratégie aux réalités locales. Pour les maisons individuelles (qui représentent 81 % du parc immobilier), la ville a misé sur le compostage domestique, une solution peu coûteuse et efficace pour réduire les déchets à la source. Dès 2014, un projet pilote dans le quartier de Návojovce a démontré le potentiel de cette approche :

Fort de ce succès, la ville a généralisé le compostage :

Résultat : 95 % des foyers en maisons individuelles compostent désormais, réduisant leurs déchets résiduels de 118 kg par habitant (soit 36 % de moins qu’en 2016).

 

Pour les immeubles collectifs, où le compostage domestique est difficile à mettre en œuvre, Partizánske a opté pour un système de collecte porte-à-porte des biodéchets, une première en Slovaquie. Chaque foyer a reçu un kit de démarrage : un panier de 10 litres et 25 sacs compostables. La collecte a lieu deux fois par semaine, avec un suivi individualisé grâce à des codes QR sur chaque panier.

Kit de démarrage pour les particuliers : un panier de 10 l, 25 sacs compostables et un dépliant destiné au grand public

En fonction du type d’immeuble où la collecte est effectuée (avec ou sans ascenseur), le ménage doit déposer le panier contenant le sac fermé de déchets alimentaires avant 7 h le jour prévu. Dans les immeubles équipés d’un ascenseur, il peut être déposé juste devant la porte d’entrée de chaque appartement.

En revanche, pour les immeubles sans ascenseur, il doit être déposé au rez-de-chaussée, près de l’entrée principale.

Des résultats qui dépassent les attentes

Les chiffres de Partizánske sont édifiants :

Mais ce qui impressionne le plus, c’est l’aspect économique. Grâce à ce système, Partizánske a réduit ses coûts :

Au final, le bilan économique est positif : en 2023, les économies et revenus (148 363 €) ont dépassé les coûts (103 921 €), dégagent un bénéfice net de 9 000 € pour la municipalité.

Enregistrement d’un bac de collecte des biodéchets de cuisine de chaque foyer dans le système de gestion électronique des données à l’aide d’un code QR

Les clés du succès : éducation, adaptation et collaboration

Le succès de Partizánske repose sur trois piliers :

  1. Une éducation massive et continue. La ville a investi dans la sensibilisation avant même de lancer les nouvelles mesures. Des enquêtes porte-à-porte, des réunions publiques, des affiches, des articles dans la presse locale et des reportages télévisés ont permis d’expliquer les enjeux et les bonnes pratiques. Par exemple, les habitants ont appris :

    Pourquoi composter : réduire les déchets, produire un engrais naturel, économiser de l’argent.

    Comment bien trier : éviter les contaminations (plastique, métal) dans les biodéchets.

    Comment utiliser les sacs compostables : les stocker au sec, les vider régulièrement pour éviter les odeurs.

  2. Des solutions adaptées à chaque type de logement. Partizánske a compris que une taille ne convient pas à tous :

    Pour les maisons individuelles, le compostage domestique est la solution la plus simple et économique.

    Pour les immeubles, la collecte porte-à-porte avec des paniers et sacs compostables évite les problèmes de propreté (odeurs, insectes) et garantit un taux de contamination minimal.

  3. Une collaboration étroite avec les experts. La ville a travaillé main dans la main avec Priatelia Zeme – SPZ (Les Amis de la Terre Slovaquie), membre de Zero Waste Europe, pour concevoir le système (choix des paniers, fréquence de collecte, suivi par QR code), former les agents municipaux et les assistants communautaires ainsi que pour évaluer les résultats et ajuster le système en fonction des retours terrain.

Pour aller plus loin : vers une gestion encore plus durable

Partizánske ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. La ville a déjà tracé les contours de son avenir zéro déchet, avec des projets qui visent à consolider ses acquis et à repousser les limites de ce qui est possible en matière de gestion des biodéchets.

L’une des pistes les plus prometteuses est la mise en place d’un système de récompense pour les foyers les plus engagés. L’idée ? Motiver financièrement les habitants qui trient le mieux leurs déchets, par exemple en leur offrant une réduction de la taxe déchets ou des avantages locaux (accès gratuit à des ateliers, produits compostés, etc.). Ce type de mesure, déjà testé avec succès dans d’autres villes européennes comme Ljubljana ou Gand, pourrait booster la participation des 35 % de foyers en immeubles qui ne trient pas encore leurs biodéchets. En Slovaquie, où les incitations financières sont encore peu développées, une telle initiative serait pionnière et pourrait inspirer d’autres municipalités.

Autre projet phare : l’ouverture d’une usine de compostage municipale d’ici fin 2024. Actuellement, les biodéchets collectés sont exportés vers une usine de biogaz, ce qui génère des coûts de transport et limite la maîtrise locale sur le traitement. Avec sa propre usine, Partizánske pourrait traiter ses biodéchets sur place, produire un compost de haute qualité pour les agriculteurs locaux, et même vendre l’excédent pour générer des revenus supplémentaires. Ce projet s’inscrit dansune logique d’économie circulaire, où les déchets deviennent une ressource pour la communauté.

Enfin, la ville envisage d’étendre son système à d’autres flux de déchets, comme les textiles ou les déchets électroniques. En Slovaquie, où la responsabilité élargie du producteur (REP) commence à s’appliquer, ces flux représentent un potentiel inexploité pour réduire encore davantage les déchets résiduels. Partizánske pourrait ainsi devenir un laboratoire pour tester des solutions innovantes en matière de réemploi et de recyclage, tout en renforçant son autonomie face aux acteurs privés.

Un modèle inspirant pour l’Europe : quand l’innovation locale devient une référence

L’histoire de Partizánske est bien plus qu’un simple succès local : elle est la preuve que même dans un contexte peu favorable, une municipalité peut transformer ses défis en opportunités et devenir un exemple pour toute une région, voire un continent. En Slovaquie, où la gestion des déchets est souvent peu ambitieuse et où les biodéchets finissent encore trop souvent en décharge, Partizánske a su innover là où d’autres hésitaient.

Ce qui rend son modèle unique, c’est sa double approche : compostage domestique pour les maisons individuelles et collecte porte-à-porte pour les immeubles. Cette adaptation aux réalités locales montre que le zéro déchet n’est pas une solution universelle, mais un ensemble de mesures sur mesure, conçues pour répondre aux besoins spécifiques de chaque territoire. En Europe, où de nombreuses villes luttent encore pour trouver le bon équilibre entre efficacité, coût et acceptation citoyenne, Partizánske offre une feuille de route claire : impliquer les habitants dès le départ, éduquer massivement, et choisir des solutions simples mais efficaces.

Mais ce qui impressionne le plus, c’est que Partizánske a su allier performance environnementale et viabilité économique. Dans un contexte où les municipalités sont souvent freinées par les coûts, la ville a démontré que le zéro déchet peut générer des économies (réduction des taxes d’enfouissement, optimisation des collectes) et même dégager des bénéfices (subventions, vente de compost). Ce modèle économique vertueux est un argument de poids pour convaincre d’autres villes de s’engager dans cette voie.

Au-delà des frontières slovaques, Partizánske inspire déjà. Son système de collecte porte-à-porte des biodéchets, avec son faible taux de contamination record de 0,07 %, est cité en exemple dans les réseaux européens de Zero Waste Europe. Des villes comme Ljubljana (Slovénie) ou Gand (Belgique) ont adopté des mesures similaires, prouvant que ce modèle est reproductible. En Europe de l’Est, où les infrastructures de gestion des déchets sont souvent limitées, Partizánske montre que le changement est possible sans investissements pharaoniques, mais avec de la volonté, de l’ingéniosité et une forte implication citoyenne.

Enfin, Partizánske incarne une vision plus large du zéro déchet : celle d’une transition écologique qui profite à tous. En réduisant ses déchets, la ville améliore la qualité de vie de ses habitants (moins de pollution, moins d’odeurs), créé des emplois locaux (dans la collecte, le compostage, l’éducation), et renforce sa résilience face aux défis climatiques. Son histoire est la preuve que le zéro déchet n’est pas une utopie réservée aux grandes métropoles, mais une réalité accessible à toutes les villes, qu’elles soient grandes ou petites, riches ou modestes.

Références

En savoir plus

Zero Waste Europe : www.zerowasteeurope.eu

Mission Zero Academy : www.missionzeroacademy.eu/